Suisse-Europe: Grand Merci à l’EURO 2008


Qu’est-ce donc qui réunit les Européens (les Suisses aussi) dans un même élan et une même communion? L’EURO 2008, la compétition européenne de football, organisée en Autriche et en Suisse avec le succès que l’on sait. Pour une fois, les habitants du Continent ont pu vibrer à une même cause, s’enthousiasmer pour des équipes dont beaucoup ont montré un jeu remarquable d’engagement spectaculaire.

Cette parenthèse sportive de trois semaines a distrait le bon peuple des préoccupations quotidiennes, dont l’augmentation des prix - en particulier, de l’énergie (pétrole) et de l’alimentation - avec la baisse corrélative du pouvoir d’achat des ménages. S’installe le parcours global qui voit surgir le spectre d’une récession généralisée dont il est difficile d’estimer l’ampleur, mais qui inquiète déjà de plus en plus de monde. Si les Etats-Unis d’Amérique sont en première ligne de feu avec les effets de leurs faillites immobilières et financières, l’Europe ne pourra échapper au mouvement de repli venant d’outre-Atlantique.

Dans ce contexte s’inscrit la panne du processus de construction européenne: alors que semblait assurée la ratification du Traité de Lisbonne réformant les institutions communautaires pour les adapter à la nouvelle dimension (27 membres) de l’UE, les citoyens irlandais (ah! les «ingrats») ont voté NON à la «surprise» générale. Et pourtant, il est notoire que l’Union, dans son orientation actuelle, ne suscite guère l’adhésion populaire: il est très probable qu’une consultation directe dans d’autres pays concernés aurait également pu recueillir un résultat négatif.

Cet arrêt dans la marche d’organisation continentale n’est pas exceptionnel: l’UE a souvent connu des reculs suivis de nouvelles avancées avec des leaders convaincus et motivés. Dans ce sens, la présidence de l’Union, assumée dès début juillet par la France, pourrait ranimer la flamme européenne. C’est du moins la volonté affirmée par Nicolas Sarkozy faisant montre d’une belle ardeur qu’il faut espérer durable et fructueuse. Première réussite à son actif: la mise sur pied d’une Union pour la Méditerranée, regroupant les 27 membres de l’UE et une quinzaine d’Etats riverains ou presque. Cette nouvelle Organisation saura-t-elle trouver sa place et son utilité dans la constellation internationale, pour apporter une réponse à tous les problèmes pendants de cette région, dont la résolution du conflit israëlo-palestinien ou le défi des migrations en croissance continue?

Et la Suisse dans cette évolution? Elle poursuit son bonhomme de chemin, après avoir dignement accueilli la moitié des matchs de l’EURO, tout en regrettant l’élimination précoce de son équipe nationale. L’économie va (encore) bien, l’emploi est au plus haut et les habitants sont généralement contents; seules quelques péripéties bancaires, singulièrement la chute de l’UBS, pourraient affecter le moral des troupes.

Quant aux relations avec l’Europe, elles firent l’objet de débats à propos de la prochaine échéance des Accords bilatéraux, en particulier sur la libre circulation des personnes et son extension à la Bulgarie et la Roumanie. Le Parlement fédéral a décidé de n’en faire qu’un seul paquet, à soumettre au référendum populaire. Alors qu’était attendu l’engagement de l’UDC contre cet objet européen, elle n’en fera rien, laissant le rôle d’opposition à d’autres partis moins cotés.

Il est donc très probable que les citoyens soient convoqués au printemps prochain en votation qui sera décisive pour les relations de la Confédération avec l’Union européenne. Vu l’importance de l’enjeu, il faut espérer une forte participation et un résultat positif pour l’avenir du pays.

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